Ça tangue pas mal en ce moment dans le secteur de la solidarité internationale. Le budget national de l’Aide Publique au Développement a été divisé par deux depuis 2024, soit une baisse de 2,3 milliards d’euros en seulement trois ans. Autant dire que toutes les organisations de coopération internationale sont touchées !
Une remise en cause profonde qui ne touche pas qu’aux finances : réduction des valeurs civiques, questionnements sur la mobilité internationale à l’heure du dérèglement climatique, nécessaire évolution des partenariats déséquilibrés avec les pays africains, sud-américains et asiatiques, bouleversements de la géopolitique mondiale.
Afin de s’adapter, voire de se réinventer totalement face à tant de changements, le groupe de travail « ONG Lab » de Coordination Sud a publié un très intéressant rapport résumé par le tableau ci-dessous :
Plutôt que de chercher la performance, l’efficience et l’efficacité, inspirons-nous du vivant pour suivre le principe de robustesse. Ne pas fonctionner de façon optimale, mais de façon robuste, c’est être prêt à s’adapter au monde qui change .
Face à la multitude de crises et troubles géopolitiques, l’action internationale est souvent difficile à concevoir sur le long terme. Comment maintenir des partenariats avec des pays où l’on ne plus se rendre ? Quelle vision d’avenir proposer lorsque le quotidien est sans cesse déstabilisé ?
L’approche « risques & opportunités » est une méthodologie d’action efficace pour continuer à agir malgré les incertitudes permanentes du contexte. De quoi s’agit-il ? Au lieu d’être déstabilisé par chacun des évènements imprévisibles, il s’agit de s’appuyer sur cette réalité locale pour en faire le moteur de l’action et de la mobilisation des populations. Par exemple, lors du passage d’un cyclone en Haïti, nous avons « positivé » cette catastrophe en organisant une collecte d’aide alimentaire localement permettant aux agriculteurs peu touchés de vendre leurs denrées et aux familles sinistrées de bénéficier d’un appui précieux.
Le second exemple, nous l’avons tous vécu lors de la pandémie de Covid-19. De nombreuses initiatives, allant de la confection de masques à l’organisation solidaire de voisinage, ont permis d’agir malgré l’incongruité du climat social. Face à chaque situation, il est ainsi possible d’analyser le risque afin de définir les mesures de protection ou de prévention à mettre en place qui se transformeront en nouvelles opportunités de développement. Une approche bien connue des aventuriers qui peut s’avérer très utile pour le monde du développement international !
Faire naitre de nouveaux projets, changer les habitudes, entrevoir l’avenir autrement demande du temps. Dans le monde du développement international, trois grandes phases de cycle de projet sont souvent distinguées :
> La phase d’émergence
qui permet d’identifier puis de structurer les dynamiques d’acteurs en vue de réaliser un futur projet. C’est une étape exploratoire qui nécessite de réaliser des diagnostics de territoire et demande un travail d’animation soutenu ;
> La phase de consolidation
qui consiste à renforcer les capacités des porteurs de projet afin d’augmenter leur influence et/ou leur pouvoir d’agir. Cela passe par de la formation, des investissements, de l’appui à la gouvernance des organisations ;
> La phase d’autonomisation
, toujours délicate, qui exige une prise de distance progressive vis à vis du projet tout en veillant à la pérennisation des activités plutôt qu’à leur abandon dès que les financements et l’accompagnement s’arrêtent.
En général, chacune de ces trois phases durent au moins 3 ans, soit un processus de développement qui s’étale sur 9 à 12 ans de l’idée à sa mise en œuvre autonome.
Kosmopolitès est un programme de sensibilisation aux déséquilibres mondiaux conduit par 6 associations iséroises depuis 2023. A l’issue des trois premières années de ce projet, Emmanuelle Patetsos et moi-même avons été retenus pour faire l’évaluation des actions réalisées.
> Les activités se sont-elles déroulées comme prévu ?
> Le collectif d’acteurs a-t-il bien fonctionné ?
> Y a-t-il eu un impact mesurable auprès des jeunes ?
Autant de questions sur lesquelles nous avons interrogé les protagonistes avant d’émettre un avis à la fois sincère et constructif permettant d’envisager les suites au-delà de 2025.
Un travail passionnant qui me plonge au cœur des relations humaines et de la vie des organisations. Une nouvelle posture pour moi, entre écoute, compréhension, propositions et stratégie.
Retrouvez les résultats de cette évaluation en téléchargeant le rapport ci-dessous
La transition écologique exige de chacun.e d’entre nous de nouvelles pratiques plus respectueuses de l’environnement. Dans un contexte de grande précarité, ces gestes éco-citoyens sont souvent encore plus difficiles à faire adopter. C’est pourquoi, les 17 et 18 décembre 2024, j’ai animé une formation-action sur la thématique du changement de comportements pour 50 relais forestiers du département de Bignona.
Ne pas stigmatiser, adopter une posture d’écoute-active, gérer l’eco-anxiété étaient au programme de ces deux jours permettant d’accompagner les consommateurs de bois vers plus de sobriété. Sortir du déni, ne plus se chercher d’excuses, regarder la réalité en face pour oser enfin le changement en profondeur. Suite de la formation dans trois mois après une phase d’enquêtes de terrain pour mieux comprendre les problématiques des douze groupes cibles. Les animateurs forestiers vont ensuite accompagner la mise en œuvre de nouvelles pratiques selon le principe essai – améliorations – habitudes. Le pari d’une écologie du quotidien portée directement par les communautés locales pour le bien-être du plus grand nombre.
Une action de sensibilisation conduite en partenariat avec Pays de Savoie solidaires dans le cadre du programme de préservation des forêts de Casamance 2024-2026.
Une rivière qui murmure. Du blanc à perte de vue. Des sommets élancés et des petits chalets de bois vieillis. Bienvenue en vallée de la Clarée au coeur de l’hiver pour une rando itinérante en raquette à neige de 4 jours de refuge en refuge.
Une ambiance au top grâce à un groupe déjà constitué par Evelyne et Patrick, avec des membres qui ont l’habitude de passer des vacances ensemble. Huit retraités joyeux et émerveillés venus découvrir la plus belle vallée des Alpes
. Je me suis régalé et vous laisse admirer en images :
Tout le monde connaît l’histoire du Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry mais peu de lecteurs savent qu’il s’agit d’une formidable invitation au voyage. À l’été 2019, Yannick et Marie-Hélène Billard embarquent leurs trois enfants de 7, 10 et 12 ans pour un fabuleux voyage à la rencontre des personnages du livre. D’un aviateur à un astronaute, en passant par un géographe, un businessman, un renard et des allumeurs de réverbères, leur aventure familiale les conduit, par les cols des Pyrénées, les montagnes de l’Atlas et le désert de Mauritanie, jusqu’à Bignona, en Casamance. Plus de 7000 kilomètres séparent la famille de son objectif ; en perspective, six mois de pédalage intense, de rencontres et d’émerveillement.
Roulez jeunesse !
Le 6 juillet 2019, début des grandes vacances. Nos enfants déposent leurs cartables. Nous confions le chat, nos poules et notre chienne à des amis. Après plus d’un an de préparatifs, le rêve se concrétise lorsque nous donnons le premier coup de pédales libérateur. La présence de nos amis nous réchauffe le cœur dans cette première étape car derrière nos larges sourires, les sentiments se bousculent… Alors que nous, les grandes personnes, nous posons milles questions, les enfants laissent déborder leur énergie.
Les premières semaines sont le temps de l’apprentissage de la vie nomade, en famille. Délestés du confort habituel, nous apprivoisons le quotidien changeant. Des bivouacs tous les soirs, des lessives régulières et cinq bouches à nourrir à l’aide de ce satané réchaud à pétrole qui tombe perpétuellement en panne. Malgré une chaleur estivale redoutable, notre peloton familial trouve progressivement son rythme, avec une moyenne journalière d’environ 45 kilomètres pour 5 heures de pédalage.
Je crois qu’il profita, pour son évasion, d’une migration d’oiseaux sauvages
Le plus dur n’est pas d’avancer mais que chacun puisse vivre intensément l’aventure à sa hauteur. Ce n’est pas papa-maman voyagent et les enfants suivent. Il s’agit avant tout d’être à l’écoute des étonnements, des doutes et des joies de chacun de nos enfants. Malgré eux, nos trois jeunes apprentis voyageurs, nous amènent à regarder de nouveau le monde qui nous entoure avec des yeux émerveillés.
La Terre n’est pas une planète quelconque ! On y compte […] deux milliards de grandes personnes.
Les Planètes
Deux semaines après notre départ, notre première rencontre se fait au musée « l’envol des pionniers » à Toulouse Montaudran. Découvrir la légende de l’Aéropostale, de ces pilotes qui ont bravé les tempêtes et leurs peurs pour transporter le précieux courrier. Les enfants sont passionnés par cet aviateur de 1927, qui leur conte les péripéties de la ligne Toulouse-Dakar. Nous entrons dans la légende des pionniers de l’aviation : Mermoz, Guillaumet, et bien sûr, Saint-Exupéry. Et forcément, quand les petits princes à vélo rencontrent un aviateur, ils lui demandent : « S’il te plaît, dessine-moi un mouton ».
Notre rencontre avec un Astronome se fait après avoir gravi une légende du Tour de France, le Tourmalet, sous les applaudissements des cyclos sportifs impressionnés par l’âge des enfants et notre imposant chargement. À l’Observatoire du Pic du Midi de Bigorre, nous sommes accueillis par Eric Josselin, le Directeur scientifique du site, trop heureux de se glisser dans la peau du personnage du Petit Prince qui a justement contribué à sa vocation. Nos jeunes reporters l’interrogent sur son métier, ravis d’en apprendre davantage sur les astéroïdes, les étoiles et les planètes rouges. Nous découvrons l’immensité de l’univers, nous nous émerveillons des éruptions solaires et sommes impressionnés de l’étendue du savoir de ces hommes de science. Une rencontre unique, un beau moment partagé entre passionnés du Petit Prince qui ne nous fera plus jamais regarder les étoiles de la même façon.
Au fil des semaines de notre épopée sur les traces du petit bonhomme aux cheveux couleur de blé, nous rencontrerons ainsi des anti-vaniteux au village Emmaüs de Lescar-Pau, un géographe à l’Université de Coimbra, un social-businessman qui redistribue les excédents alimentaires aux plus démunis à Lisbonne, des reines venues du Mozambique pour trois de mois de formation en leadership féminin et écologique. Autant de rencontres qui marquent en profondeur nos trois petits princes à vélos toujours impatient de partir en quête de nouvelles découvertes.
Au phare de l’Europe, là où l’Afrique vient presque embrasser le vieux continent, ne laissant qu’un détroit, celui de Gibraltar, comme poste frontière, notre famille comprend plus en profondeur la réalité de cette traversée vécue en sens inverse par les migrants africains. Les témoignages de ces exilés qui n’ont pas toujours décidés d’eux-mêmes de partir, nous rappellent le dilemme de l’allumeur de réverbère raconté dans le Petit Prince : « La consigne n’a pas changé, c’est bien là le drame ! La planète d’année en année a tourné de plus en plus vite et la consigne n’a pas changé. ». Face à la détermination des migrants, la politique européenne ne s’est toujours adaptée pour permettre une gestion plus humaine de la situation.
Pas évident de vivre ces rêves de jeunesse au milieu des tensions et conflits armées qui secouent le proche orient. Mais pas question pour autant de renoncer à construire ses projets d’avenir ! C’est pourquoi, la Municipalité de Qaa à l’ouest du Liban (frontière avec la Syrie) souhaite réaliser un diagnostic de territoire sur l’insertion économique des jeunes sur son territoire.
Grâce au soutien de Pays de Savoie solidaires, j’ai eu la chance d’accompagner Olga El Toum et Elias Naous pendant deux journées de formation-action sur la conduite d’une telle démarche participative. Savoir de qui s’entourer, cartographier les enjeux économiques, apprendre à conduire des entretiens et à animer des focus-groupes ; tels ont été les sujets que nous avons pu aborder ensemble.
Un voyage au cœur d’un Liban qui n’a pas fini de nous surprendre !
Rien de tel que de voir de ses propres yeux ! Depuis plusieurs années, je tentais d’expliquer aux partenaires sénégalais l’enjeu de structurer une filière agroalimentaire équitable, de mettre en place des démarches qualités, d’oser s’organiser en coopérative. Certes, j’avais fini par convaincre mais je sentais que ces grands principes restaient encore souvent très théoriques. Heureusement, le Président et le Directeur de la nouvelle coopérative agroalimentaire de Bignona ont eu l’opportunité de venir en France pour étudier par eux-mêmes le fonctionnement des filières agroalimentaires dans notre région.
Immédiatement, tout s’éclaire ! Ils comprennent l’importance du calibrage, du conditionnement et s’intéressent de près à la façon de fixer les prix, d’organiser les flux logistiques. Nous nous levons à deux heures du matin pour participer à une livraison et comprenons pourquoi l’on parle de produits frais. L’objectif du séjour est d’observer, d’apprendre mais aussi d’élaborer le plan d’affaires de la coopérative bignonoise en tenant compte de tous ces nouveaux savoir-faire.
Après deux semaines intenses, les deux leaders de la CDCA-B repartent chez eux avec une vision à long terme claire et chiffrée qui leur servira de feuille de route pour les années à venir. La motivation est telle qu’ils font un stop supplémentaire d’une semaine à Dakar pour négocier de nouveaux marchés, embaucher une jeune collaboratrice et convaincre que l’avenir de leur coopérative les fera bientôt rayonner dans tout le Sénégal.
Un accueil organisé en partenariat avec Pays de Savoie solidaires et l’Union des Sociétés Coopératives de Rhône-Alpes dans le cadre du programme d’agroforesterie durable 2024-2026.